La recherche en interaction humain-drone (IHD) a largement présupposé des infrastructures stables, des opérateurs formés, des groupes d'utilisateurs bien délimités et un contrôle médié par écran. Ces conditions ne tiennent pas dans la réponse d'urgence en contexte à ressources limitées. Cette thèse examine comment penser l'IHD dans de tels environnements, en s'appuyant sur la lutte contre l'incendie en Thaïlande et sur des travaux connexes en contextes critiques pour la sécurité. Nous soutenons que les drones de réponse d'urgence en contexte à ressources limitées gagnent à être conçus comme des partenaires sociotechniques situés, qui contribuent à combler les manques d'information, de communication, de sécurité et d'infrastructure.
Nous développons cet argument à travers quatre études cumulatives. Un travail de terrain formatif mené auprès de professionnels thaïlandais de la lutte contre l'incendie — d'abord par des entretiens à travers le pays, puis par des groupes de discussion au sein d'une cohorte de secours et d'incendie à Bangkok — documente les contraintes opérationnelles, infrastructurelles et organisationnelles façonnées par des ressources inégales et par une pratique mêlant professionnels et bénévoles. À partir de ce terrain, nous conceptualisons le drone comme une infrastructure ad hoc, déclinée en une taxonomie de quatre archétypes — Scout (éclaireur), Sentinel (sentinelle), Public Actor (acteur public) et Swarm (essaim) — ancrée dans la « règle des huit minutes » formulée localement. Une sonde technologique participative (technology probe) menée avec des pompiers de Bangkok, conduite en intérieur sous la forme d'une étude utilisateur en raison d'une interdiction réglementaire d'exploitation des drones, fait émerger six thèmes d'affinité et un cadre transversal de normes locales. Ces résultats alimentent deux concrétisations de conception : la voix et le son pour le rôle de Sentinel, étudiés dans un environnement industriel bruyant servant de proxy auprès de publics d'expertise mixte ; et un vocabulaire kinésique pour le mouvement des drones à voilure fixe, élicité auprès de participants ayant une culture aéronautique, comme première étape vers une lisibilité inter-publics pour le rôle de Scout.
Nos contributions sont les suivantes : des données empiriques sur l'assistance par drone dans la lutte contre l'incendie en Thaïlande ; le concept du drone comme infrastructure ad hoc, avec ses quatre archétypes et l'ancrage des huit minutes ; une validation partielle des archétypes Scout et Sentinel, assortie de connaissances de conception pour la communication multimodale des drones en situation de charge sensorielle et d'expertise mixte ; et des enseignements méthodologiques pour le travail de terrain en IHD dans des contextes critiques pour la sécurité et à ressources limitées. Nous développons et synthétisons ces contributions en un espace de conception pour l'IHD en contexte à ressources limitées, organisé autour du rôle civique, du public et de la responsabilité, de la modalité de communication, ainsi que de l'infrastructure et de la temporalité ; il vise à guider le raisonnement de conception plutôt qu'à prédire des résultats. Les archétypes Public Actor et Swarm restent définis mais non réalisés ; nous les abordons comme perspectives de recherche. |
Human–Drone Interaction (HDI) research has largely assumed stable infrastructures, trained operators, bounded user groups, and screen-mediated control. These conditions do not hold in resource-constrained emergency response. This dissertation examines how to reason about HDI in such settings, drawing on Thai firefighting and adjacent safety-critical work. We argue that emergency-response drones in resource-constrained contexts are most usefully designed as situated socio-technical partners that help bridge gaps in information, communication, safety, and infrastructure.
We develop the argument across four cumulative studies. Formative fieldwork with Thai firefighting professionals, beginning with interviews across the country and continuing with focus groups in a Bangkok fire-and-rescue cohort, documents the operational, infrastructural, and organisational constraints shaped by uneven resources and mixed professional–volunteer response practice. From this fieldwork we conceptualise the drone as ad-hoc infrastructure, instantiated as a four-archetype taxonomy (Scout, Sentinel, Public Actor, and Swarm) anchored in the locally elicited eight-minute response rule. A participatory technology probe with Bangkok firefighters, conducted indoors as a user study under a regulatory drone-operations ban, returns six affinity themes and a cross-cutting local-norm frame. These feed into two design realisations: voice and sound for the Sentinel role, examined in a noisy industrial proxy with mixed-expertise audiences; and a kinesic vocabulary for fixed-wing drone motion, elicited with aeronautically literate participants as a first step toward cross-audience legibility for the Scout role.
We contribute empirical evidence about drone assistance in Thai firefighting; the concept of the drone as ad-hoc infrastructure with its four archetypes and the eight-minute response anchor; a partial validation of the Scout and Sentinel archetypes together with design knowledge for multimodal drone communication under sensory load and mixed expertise; and methodological lessons for HDI fieldwork in safety-critical, resource-constrained settings. We develop and synthesise these contributions into a design space for resource-constrained HDI, organised around civic role, audience and accountability, communication modality, and infrastructure and temporality, and intended to guide design reasoning rather than to predict outcomes. The Public Actor and Swarm archetypes remain scoped but unrealised; we revisit them as future work. |