Soutenance de thèse de Thibault CASSAGNE

Habiter la double pulsation. L'hypothèse d'agencements hybrides temporaires vertueux sur les lisières fluviales de la métropole de Hanoï au Vietnam


Titre anglais : Inhabiting the double pulsation. The hypothesis of virtuous temporary hybrid arrangements on the riverine edges of the Hanoi metropolis, Vietnam
Ecole Doctorale : TESC - Temps, Espaces, Sociétés, Cultures
Spécialité : Architecture
Etablissement : Université Toulouse II Jean Jaurès
Unité de recherche : EA 7413 - LRA - Laboratoire de Recherche en Architecture
Direction de thèse : Luc GWIAZDZINSKI- THAI HUYEN NGUYEN


Cette soutenance aura lieu jeudi 15 octobre 2026 à 14h00
Adresse de la soutenance : Université Toulouse Jean Jaurès 5 All. Antonio Machado, 31100 Toulouse - salle Salle D29 Maison de la Recherche

devant le jury composé de :
Luc GWIAZDZINSKI   Professeur   ENSA Toulouse   Directeur de thèse
Vincent KAUFMANN   Professeur   École Polytechnique Fédérale de Lausanne   Rapporteur
Aysegül CANKAT   Professeure   ENSA Grenoble   Rapporteur
Huyen NGUYEN THAI   Docteure   Hanoï Architecture University   CoDirecteur de thèse
Danielle LABBÉ   Professeure assistante   Université de Montréal   Examinateur
Jean-jacques WUNENBURGER   Professeur émérite   Université Jean Moulin Lyon 3   Examinateur
Hanappe CYRILLE   Maître de conférences   ENSA Paris-Belleville   Examinateur
Matthieu DUPERREX   Maître de conférences   ENSA Marseille   Examinateur


Résumé de la thèse en français :  

Cette thèse en architecture, conduite au LRA de l’ENSA Toulouse en co-direction avec l’Université d’Architecture de Hanoï (HAU), interroge les modes d’habiter des lisières fluviales du fleuve Rouge à Hanoï. Ces territoires, longtemps traités comme des marges résiduelles, subissent une double pression : celle d’un fleuve dont la variabilité hydraulique reste structurelle malgré des décennies de maîtrise, et celle d’une métropole en expansion rapide. C’est à la croisée de ces deux pulsations que la recherche se construit, autour d’une double question : comment des populations (pêcheurs, agriculteurs, migrants, citadins) habitent-elles cette impermanence structurelle ? Et que peuvent enseigner leurs agencements à une discipline longtemps attachée à la forme stable et à l’objet fini ?
La méthodologie, immersive et transversale, s’appuie sur trois séjours de terrain sur trois ans, combinant observation sensible, entretiens ethnographiques, relevés et représentations dynamiques, à partir d’un corpus d'agencements documentés. Le typhon Yagi (septembre 2024), provoquant une crue exceptionnelle du fleuve Rouge (plus de onze mètres), constitue un événement charnière : il réactive les hypothèses de la thèse tout en imposant l’ajout d’un régime d’impermanence comme condition structurante de l’analyse.
La notion de rythme est le fil conducteur, entendue non comme cadence régulière mais comme « manière de fluer » (Benveniste, 1966) et comme « forme en formation, en transformation perpétuelle » (Maldiney, 1973) - dynamique par laquelle un agencement se recompose sans se rompre. Cette conception dépasse la résilience et la transition pour penser une adaptation continue, sans état final.
La thèse s’organise en trois parties. La première construit le cadre contextuel et théorique : vulnérabilité climatique du Vietnam, histoire du rapport ville–fleuve de Hanoï à travers quatre régimes (précolonial, colonial, socialiste, métropolitain), et démonstration que l’instabilité des berges relève d’un changement de régime global. La deuxième propose une lecture vivante de ces territoires changeants et complexes (Morin, 1990), décomposé à différentes échelles - systémique, spatio-temporelle, chronotopique, rythmique. La troisième développe quatre expérimentations de représentation du rythme (jet turbulent, cascade de turbulences, calendriers multi-couches, rythme-forme), puis recompose et catégorise dix-huit agencements hybrides, en dégage sept patterns rythmiques d’hybridation (Alexander, 1977), analyse les tensions qu’ils affrontent, et esquisse les contours d’une intelligence territoriale rythmique - non comme modèle exportable, mais comme autre manière de penser l’architecture et la gouvernance urbaine face à l’incertitude.
Une contribution majeure est la reconceptualisation du débordement. Là où l’ingénierie hydraulique le traite comme un dysfonctionnement à prévenir, le terrain hanoïen révèle que des populations ont fait du débordement la condition même de leur économie, de leur culture et de leurs formes bâties (Gourou, 1936). Cet art d’habiter le débordement constitue une intelligence territoriale en acte - une ressource précieuse face à l’intensification annoncée des événements extrêmes, pour Hanoï comme pour d’autres métropoles fluviales et deltaïques.
Enfin, la thèse dépasse le dualisme qui a structuré la pensée architecturale - fleuve et métropole, vernaculaire et planifié, permanent et temporaire, maîtrise et faire-avec. Le rythme ne choisit pas entre fixité et mouvement : il pense leur articulation. Les agencements les plus robustes, ceux qui ont tenu sous Yagi et se sont recomposés après les crues de 2024 et 2025, sont ceux qui ont su tenir ensemble ces régimes antagonistes. La thèse propose ainsi de prolonger l’« architecture des milieux » (Younès, Goetz, 2010 ; Bonnet, 2010) vers une architecture des rythmes : non plus produire une forme qui dure, mais composer un rythme qui tient.

 
Résumé de la thèse en anglais:  

This PhD thesis in architecture, conducted at the LRA (ENSA Toulouse) in co-supervision with the Hanoi Architectural University (HAU), examines ways of inhabiting the fluvial fringes of the Red River in Hanoi. These territories, long treated as residual margins, are subject to a dual pressure: that of a river whose hydraulic variability remains structural despite decades of control efforts, and that of a rapidly expanding metropolis. It is at the intersection of these two pulsations that the research is built, around a twofold question: how do populations (fishermen, farmers, migrants, urban dwellers) inhabit this structural impermanence? And what can the arrangements they produce teach a discipline long attached to stable form and finished objects?
The methodology, immersive and cross-disciplinary, draws on three fieldwork stays over three years, combining sensory observation, ethnographic interviews, surveys, and dynamic representations, based on a corpus of documented arrangements. Typhoon Yagi (September 2024), which triggered an exceptional flood of the Red River (over eleven meters), constitutes a pivotal event: it reactivated the thesis's hypotheses while requiring the addition of a new regime of impermanence as a structuring condition for the analysis.
The notion of rhythm is the thesis's guiding thread, understood not as a regular cadence but as the "manner of flowing" (Benveniste, 1966) and as "form in formation, in perpetual transformation" (Maldiney, 1973) - the dynamic through which an arrangement recomposes itself without breaking. This conception moves beyond resilience and transition to think through continuous adaptation, without a final state.
The thesis is organized in three parts. The first builds the contextual and theoretical framework: Vietnam's climate vulnerability, the history of Hanoi's city-river relationship across four regimes (pre-colonial, colonial, socialist, metropolitan), and a demonstration that the instability of the riverbanks reflects a broader, global shift in regime. The second offers a living reading of these changing and complex territories (Morin, 1990), decomposed at different scales - systemic, spatio-temporal, chronotopic, rhythmic. The third develops four experiments in representing rhythm (turbulent jet, cascade of turbulence, multi-layered calendars, rhythm-form), then recomposes and categorizes eighteen hybrid arrangements, identifies seven rhythmic hybridization patterns (Alexander, 1977), analyzes the tensions they face, and outlines the contours of a rhythmic territorial intelligence - not as an exportable model, but as another way of thinking about architecture and urban governance in the face of uncertainty.
One major contribution is the reconceptualization of overflow. Where hydraulic engineering treats overflow as a dysfunction to be prevented, the Hanoi field reveals that populations have made overflow the very condition of their economy, culture, and built forms (Gourou, 1936). This art of inhabiting overflow constitutes a territorial intelligence in action - a valuable resource in the face of the intensification of extreme events, for Hanoi and for other river and delta metropolises alike.
Finally, the thesis moves beyond the dualism that has long structured architectural thought - river and metropolis, vernacular and planned, permanent and temporary, control and working-with. Rhythm does not choose between fixity and movement: it thinks their articulation. The most robust arrangements observed, those that held under Yagi and recomposed after the 2024 and 2025 floods, are those that managed to hold these antagonistic regimes together. The thesis thus proposes to extend the "architecture of milieus" (Younès, Goetz, 2010 ; Bonnet, 2010) toward an architecture of rhythms: no longer producing a form that lasts, but composing a rhythm that holds.

Mots clés en français :Fleuve Rouge, Hanoï, Malléable, Rythme, Temporaire, Pulsation,
Mots clés en anglais :   Red river, Hanoï, Flexible, Rhythm, Temporary, Pulse,