Aujourd’hui, l’augmentation de l’espérance de vie se traduit par une augmentation des pathologies chroniques liées à l’âge. Celles-ci représentent à ce jour l’un des principaux défis de prise en charge par les professionnels de santé. Le vieillissement peut être défini comme l’effet cumulé du temps sur l’organisme. En gérosciences, on lui préfère souvent le terme aging, qui sous-tend que ce processus ne concerne pas seulement l’âge avancé d’un adulte mais bien toute sa vie. Ce champ interdisciplinaire des gérosciences vise à décrypter et à comprendre les mécanismes par lesquels l’aging contribue au risque de développement de maladies chroniques ou à la perte de fonction. Ainsi, en ciblant des mécanismes communs, il serait possible de retarder ou d’éviter certaines pathologies chroniques liées à l’âge, plutôt que de les traiter de façon spécifique. Parmi celles-ci, la parodontite présente une forte prévalence et des conséquences orales majeures. Sa physiopathologie n’est à ce jour pas parfaitement élucidée. Elle est décrite comme se développant lorsqu’il survient une rupture de l’équilibre homéostatique existant entre l’hôte et son microbiote oral. Parmi les acteurs de la susceptibilité individuelle de l’hôte à la pathologie, l’âge est un facteur majeur, mais son impact est aujourd’hui peu connu. Ce travail vise alors à explorer spécifiquement les effets de l’âge sur le parodonte, à la fois sur des échantillons gingivaux humains et au moyen d’un modèle animal expérimental murin. Le champ d’exploration englobe le versant tissulaire (imagerie 2D et 3D), cellulaire et moléculaire. Tout d’abord, la première partie de ce travail vise à préciser la place de la cavité orale dans ces concepts gérophysiologiques. Ensuite, une analyse tissulaire sur des prélèvements gingivaux humains démontre un fort remaniement, principalement au niveau structurel, avec l’âge. Parallèlement, dans un modèle de souris présentant un environnement microbien contrôlé afin d’étudier plus spécifiquement les effets de l’âge, nos résultats sur des échantillons parodontaux révèlent une perte d’attache gingivale et une résorption de l’os alvéolaire aux âges moyens avec une absence de signes évidents d’inflammation. A des âges plus précoces, les animaux présentent un fort remodelage osseux qui précède la résorption verticale de la crête alvéolaire, et une altération de l’architecture tissulaire associée à une modification de la composition et de l’organisation de la matrice extracellulaire. Lorsque les animaux sont confrontés à un challenge de réparation tissulaire suite à une lésion chirurgicalement induite, les animaux démontrent avec l’âge des capacités de régénération différentes entre l’attache gingivale et l’os alvéolaire, ainsi qu’une accentuation de la désorganisation de la matrice extracellulaire suite à la lésion, surtout pour les âges les plus avancés. Enfin, cette même analyse tissulaire effectuée sur des souris complètement dépourvues de microbiote oral révèle que ces animaux présentent également une perte d’attache et une résorption verticale de crête alvéolaire similaires à celles observées chez les autres souris. L’ensemble de ce travail révèle ainsi que le vieillissement est susceptible d’engendrer à lui seul des lésions parodontales. Il apparaît ainsi que son rôle dans la physiopathologie de la parodontite soit majeur et qu’il soit de fait même plausible qu’il puisse agir en tant qu’initiateur de la pathologie, avant une aggravation liée à une contamination opportuniste microbienne secondaire. La notion de santé et d’âge biologique des tissus parodontaux semble donc fondamentale à explorer pour le clinicien afin de permettre un dépistage précoce à l’aide de nouveaux biomarqueurs. A terme, une action thérapeutique sur les éléments structurels et architecturaux de la matrice extracellulaire gingivale pourrait permettre un ralentissement, voire une réversion de ces phénomènes de vieillissement parodontal. |
Today, the increase in life expectancy translates into a rise in age-related chronic diseases. These conditions currently represent one of the main challenges for healthcare professionals. Aging can be defined as the cumulative effect of time on the organism. It implies that this process does not concern only the later stages of adult life, but the entire lifespan. The interdisciplinary field of geroscience aims to decipher and understand the mechanisms by which aging contributes to the risk of developing chronic diseases or to the loss of function. Thus, by targeting shared mechanisms, it may be possible to delay or prevent certain age-related chronic conditions rather than treating each disease specifically. Among them, periodontitis shows a high prevalence and major oral consequences. Its pathophysiology is not yet fully elucidated. It is described as developing when there is a breakdown of the homeostatic balance between the host and the oral microbiota. Among the determinants of individual host susceptibility to the disease, age is a major factor, but its impact remains poorly understood. This work therefore aims to specifically explore the effects of age on the periodontium, both in human gingival samples and through an experimental mouse model. The scope of investigation encompasses the tissue level (2D and 3D imaging), as well as the cellular and molecular levels. First, the initial part of this work aims to clarify the place of the oral cavity within these gerophysiological concepts. Then, tissue analysis of human gingival biopsies demonstrates marked remodeling with aging, mainly at the structural level. In parallel, in a mouse model with a controlled microbial environment designed to study more specifically the effects of age, our results on periodontal samples reveal gingival attachment loss and alveolar bone resorption at middle ages, in the absence of obvious signs of inflammation. At earlier ages, animals show intense bone remodeling that precedes vertical resorption of the alveolar crest, together with alteration of tissue architecture associated with changes in the composition and organization of the extracellular matrix. When animals are subjected to a tissue repair challenge following a surgically induced lesion, they display age-dependent differences in regenerative capacity between gingival attachment and alveolar bone, as well as an increased disorganization of the extracellular matrix after injury, particularly at the most advanced ages. Finally, the same tissue analysis performed in mice completely devoid of oral microbiota reveals that these animals also exhibit attachment loss and vertical alveolar crest resorption similar to those observed in the other mice. Altogether, this work shows that aging alone is capable of inducing periodontal lesions. It therefore appears that its role in the pathophysiology of periodontitis is major and that it may even plausibly act as an initiator of the disease, before further worsening due to secondary opportunistic microbial contamination. The concepts of health and biological age of periodontal tissues thus emerge as crucial targets for clinicians, in order to enable early screening through new biomarkers. In the long term, therapeutic interventions targeting the structural and architectural components of the gingival extracellular matrix could help slow down, or even reverse, these periodontal aging processes. |