Entre le milieu du XIIe siècle et le milieu du XIIIe siècle, une dizaine de clercs identifiés se sont rendus à Tolède à la recherche de textes arabes de sciences profanes. Devenus chanoines à la cathédrale de Tolède, ils se sont livrés à une activité de traduction menée, pour l'essentiel, sans commanditaire ni mécène. Au même moment, la ville de Tolède, composée de Chrétiens arabisés, de Castillans, de Francs, de juifs et de musulmans, connaît une intense phase d'arabisation de ses élites laïques et ecclésiastiques.
Cette thèse cherche à comprendre dans quel contexte social l'activité de traduction s'est épanouie. Le milieu de la cathédrale est à ce moment un véritable acteur de la diffusion de l'arabe. Les archevêques comme les chanoines s'en approprient les codes pour diffuser leurs représentations du pouvoir ecclésiastique. L'usage de la langue apparaît parfaitement compatible avec les ambitions collectives et individuelles des chanoines, qui cherchent à affirmer leur position de notables urbains. La maîtrise de savoirs linguistiques, juridiques et scientifiques apparaît alors comme un instrument de pouvoir autant que comme un outil de définition d'une appartenance à des communautés urbaines.
À partir des sources notariales produites par les élites laïques et ecclésiastiques et des manuscrits des traducteurs, nous avons cherché à étudier les transferts culturels qui s'opèrent à Tolède à l'échelle des individus et de leur entourage. Celui-ci se révèle plus diversifié qu'une lecture de la société tolédane fondée sur des communautés linguistiques ou confessionnelles closes ne le laisserait penser. Nous avons cherché à déterminer quels effets cet environnement social a eus sur les traducteurs, leur activité d'écriture et leurs représentations. À leur activité de traduction, ils se positionnent aussi à l'égard d'un pouvoir ecclésiastique en pleine construction dans un milieu urbain où le latin et l'arabe font autorité comme langues du savoir. |
Between the mid-twelfth and the mid-thirteenth centuries, at least ten identified clerics travelled to Toledo in search of Arabic texts of secular sciences. After becoming canons of Toledo Cathedral, they engaged in translation activities of varying intensity, depending on the individual, carried out for the most part without patrons. At the same time, the city of Toledo underwent an intense phase of arabization among its lay and ecclesiastical elites.
This dissertation seeks to understand the social context in which translation activity flourished. The cathedral milieu was at that time a major agent in the diffusion of Arabic language and of Arabic Christian culture. Both archbishops and canons appropriated its codes in order to promote their representations of ecclesiastical power. The use of the language appears entirely compatible with the collective and individual ambitions of the canons, who sought to assert their position as urban notables. The mastery of linguistic, legal, and scientific knowledge thus appears as an instrument of power as much as a means of defining belonging to urbain communities.
Drawing on notarial sources produced by lay and ecclesiastical elites, as well as on the translators' manuscripts, this dissertation examines the cultural transfers taking place in Toledo at the level of individuals and their networks. These networks prove to be more diverse than a reading of Toledan society based on closed linguistic or confessional communities would suggest. We sought to determine the effects of this social environment on the translators, their writing practices, and their representations. Through their translation activities, they also positioned themselves in relation to an ecclesiastical power in the process of formation, within an urban milieu where Latin and Arabic held authority as languages of knowledge. |