Sensibilités frontalières : l’écriture créative comme exploration des silences chez la population migrante LGBTIQ+ est un projet de recherche-création mené dans le cadre du projet européen TransMigrARTS, avec le soutien de l’Université Toulouse 2 Jean Jaurès (UT2J) et de l’Universidad Distrital Francisco José de Caldas (UDFJC). Partant de l’hypothèse de TransMigrARTS selon laquelle les arts vivants peuvent contribuer à réparer les modes d’existence imposés aux personnes migrantes en situation de vulnérabilité, cette recherche explore l’expérience des populations migrantes LGBTIQ+, marquée par des pratiques historiques et systémiques de mise au silence, et interroge la manière dont l’écriture créative peut permettre d’explorer et de reconfigurer ces silences.
La thèse développe une approche méthodologique intitulée « contre-généalogie des silences et des mises au silence », fondée sur l’analyse de ma propre expérience et de mes écrits sur plus de vingt ans. Cette démarche permet d’identifier des traces de silences vécus au cours de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte en tant qu’homme homosexuel, ainsi que dans mon expérience migratoire. Le silence est compris comme une suspension, une absence ou une difficulté d’énonciation ; lorsqu’il est produit, imposé ou maintenu par des rapports sociaux, culturels et de pouvoir, il devient une forme de mise au silence. La mise en relation de cette expérience avec les connaissances sur les migrations LGBTIQ+ permet d’identifier des récurrences et de conceptualiser un régime de mise au silence agissant notamment sur l’être, le corps, les affects et le rapport au territoire.
Parallèlement, pendant deux ans, un travail de réflexion et de création fondé sur des journaux de création et la recherche-création a permis d’explorer ma propre expérience migratoire. Ces matériaux ont été transformés en une création littéraire intitulée Territorios Lingüísticos (Territoires linguistiques). Mise en relation avec les résultats de la contre-généalogie, cette création a permis de conceptualiser une « sensibilité frontalière » : une manière d’éprouver et d’élaborer les tensions situées aux carrefours du territoire, du corps, des affects, du langage et de l’appartenance dans les expériences migratoires LGBTIQ+. Cette condition ne se réduit pas aux effets de la discrimination, du rejet ou de la violence ; elle peut également devenir un espace d’émergence de formes alternatives de perception et d’énonciation.
Enfin, ces résultats sont mis en dialogue avec l’expérience collective d’un atelier prototype d’écriture dramatique et théâtrale organisé entre octobre et novembre 2024 auprès d’une population migrante LGBTIQ+ dans le cadre de TransMigrARTS. Son analyse permet d’observer comment l’écriture créative peut favoriser l’exploration, l’élaboration et l’énonciation d’expériences traversées par des silences et des mises au silence.
Ainsi, la thèse soutient que l’écriture créative, en tant que voie de recherche-création, peut constituer une approche épistémologique permettant d’aborder les sensibilités frontalières produites dans les expériences migratoires LGBTIQ+, en explorant et en reconfigurant les silences et les mises au silence qui les traversent, et en ouvrant la possibilité de nouvelles formes de compréhension, d’énonciation et de ré-existence. |
Border Sensibilities: Creative Writing as an Exploration of Silences among the LGBTIQ+ Migrant Population is a research-creation project conducted within the framework of the European TransMigrARTS project, with the support of Université Toulouse 2 Jean Jaurès (UT2J) and Universidad Distrital Francisco José de Caldas (UDFJC). Building on the TransMigrARTS hypothesis that the performing arts can contribute to repairing modes of existence imposed on migrants in vulnerable situations, this research explores the experiences of LGBTIQ+ migrant populations, shaped by historical and systemic practices of silencing, and examines how creative writing can enable the exploration and reconfiguration of these silences.
The thesis develops a methodological approach entitled “counter-genealogy of silences and silencing,” based on the analysis of my own experience and writings spanning more than twenty years. This approach identifies traces of silences experienced throughout childhood, adolescence, and adulthood as a gay man, as well as throughout my migratory experience. Silence is understood as a suspension, absence, or difficulty of enunciation; when produced, imposed, or maintained through social, cultural, and power relations, it becomes a form of silencing. Bringing this experience into dialogue with knowledge on LGBTIQ+ migration makes it possible to identify recurring patterns and conceptualize a regime of silencing acting on being, the body, affects, and the relationship to territory.
In parallel, over two years, a process of reflection and creation based on creative journals and research-creation enabled the exploration of my own migratory experience. These materials were transformed into a literary creation entitled Territorios Lingüísticos (Linguistic Territories). In dialogue with the findings of the counter-genealogy, this creation made it possible to conceptualize a “border sensibility”: a way of experiencing and elaborating tensions at the intersections of territory, body, affects, language, and belonging in LGBTIQ+ migratory experiences. This condition is not limited to the effects of discrimination, rejection, or violence; it can also become a space from which alternative forms of perception and enunciation emerge.
Finally, these findings are brought into dialogue with the collective experience of a prototype dramatic and theatrical writing workshop conducted between October and November 2024 with an LGBTIQ+ migrant population within the framework of TransMigrARTS. Its analysis makes it possible to observe how creative writing can foster the exploration, elaboration, and enunciation of experiences shaped by silences and silencing.
Thus, the thesis argues that creative writing, as a research-creation pathway, can constitute an epistemological approach to border sensibilities produced through LGBTIQ+ migratory experiences, by exploring and reconfiguring the silences and silencing that traverse them, and opening possibilities for new forms of understanding, enunciation, and re-existence. |