Malgré l’exclusion historique des femmes dans le monde des lettres, actuellement elles intègrent les listes de prix littéraires de plusieurs pays. En France, certaines écrivaines ont commencé à être reconnues par l'Académie française à partir de la seconde moitié du XXe siècle . Cependant, pour la plupart des pays latino-américains, cette inclusion est arrivée un peu plus tard, vers la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle. La voix des femmes qui dénoncent la violence, normalisée dans le cours de l'histoire, est une constante dans la littérature mondiale contemporaine.
De ce fait, actuellement plusieurs écrivaines manifestent un fort intérêt pour rendre compte des problématiques de la société dans laquelle elles s'inscrivent et témoigner de ce moment historique. Il s’agit de ce que Carlos Martínez Assad appelle « la littérature sociologique » en référence à la littérature produite par les écrivaines mexicaines contemporaines qui montrent de manière catégorique un ferme engagement avec les questions sociales d'actualité. En effet, la proximité entre la littérature et la sociologie est devenue une évidence chez certaines écrivaines.
Cependant, au Mexique comme en France, ce type de littérature fait preuve d'une recherche personnelle approfondie où les autrices placent leur vécu au service de leurs projets littéraires. En ce sens, plusieurs d'entre elles ont choisi le récit à la première personne : c'est à partir de leur expérience personnelle qu'elles tentent de proposer d'autres manières d'écrire et d’interpréter le monde. En ce sens, la puissance de la littérature est remarquable lorsqu'elle permet d'aborder le traumatisme de manière complexe et d’inaugurer des narrations différentes qui rendent possible un changement de paradigme.
Notre hypothèse de départ est que l'écriture de soi des écrivaines femmes est devenue aujourd'hui une manière de briser le silence pour lancer une proposition de « réparation ». L'écriture de soi permet de rétablir l’accès à la réalité à partir de l’élaboration subjective des autrices qui mettent leur expérience personnelle au service d'un projet esthétique. L’autobiographie, le roman autobiographique et l’autofiction conforment des genres littéraires privilégiés par plusieurs écrivaines contemporaines pour inaugurer une sorte de réparation, terme fréquemment utilisé dans le langage de la justice, mais rarement mis en pratique.
Cette thèse aborde une question d'actualité et d'importance internationale : la possibilité d’une réparation face aux violences faites aux femmes. Néanmoins la manière et l’intensité avec laquelle cette problématique s’exprime dans chaque contexte présente des particularités qu’il faut considérer. Le Mexique et la France sont apparemment deux pôles opposés sur cette question et pourtant, dans les deux pays, la parole des femmes a commencé à se libérer pour nommer les violences subies.
Les questions auxquelles nous voudrions répondre dans ce travail de recherche sont les suivantes : Quelles sont les stratégies narratives de ces écrivaines pour rendre compte de la violence vécue ? Quelles sont les possibilités de l’écriture de soi pour rendre audible la voix des femmes ? À quelle nécessité répond ce type de récit ? La littérature peut-elle agir pour transformer la culture de la violence ? La littérature peut-elle réparer au niveau individuel et collectif ? Quelles sont les limites de cette réparation ? L'idée est de faire dialoguer les littératures de ces deux pays pour apporter des éléments de réflexion sur la réparation, et d’évaluer l'étendue de leur impact dans le monde contemporain.
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Despite the historical exclusion of women from the literary world, they now feature on the shortlists for literary prizes in many countries. In France, women writers began to gain recognition from the Académie française in the second half of the 20th century. However, in most Latin American countries, this inclusion came somewhat later—towards the end of the 20th century and the beginning of the 21st. The voices of women denouncing violence—violence that had been normalized throughout history—have become a constant in contemporary world literature.
Consequently, many women writers today show a strong interest in addressing the issues of the societies in which they live and in bearing witness to this historical moment. This is what Carlos Martínez Assad terms "sociological literature," referring to works by contemporary Mexican women writers who demonstrate an unequivocal, firm commitment to current social issues. Indeed, the close relationship between literature and sociology has become strikingly evident in the work of certain women writers.
Yet, in both Mexico and France, this type of literature involves in-depth personal exploration, with authors harnessing their own lived experiences for their literary projects. In this regard, many have opted for first-person narrative: drawing on personal experience, they seek to propose alternative ways of writing about and interpreting the world. The power of literature is remarkable here, as it allows for a complex engagement with trauma and the creation of new narratives that can drive a paradigm shift.
Our initial hypothesis is that, for women writers, self-writing has become a way to break the silence and propose a form of "reparation." Self-writing restores access to reality through the authors' subjective processing of their experiences, channeling personal history into an aesthetic project. Autobiography, the autobiographical novel, and autofiction constitute literary genres favored by many contemporary women writers to initiate a form of reparation—a term frequently used in the language of justice but rarely put into practice.
This thesis addresses a timely issue of international importance: the possibility of reparation for violence against women. However, the manner and intensity with which this issue manifests in each context present specific characteristics that must be taken into account. Mexico and France appear to be poles apart on this matter; yet, in both countries, women have begun to speak out and name the violence they have endured.
The questions this research seeks to answer are as follows: What narrative strategies do these writers employ to recount the violence experienced? What potential does life writing hold for making women's voices heard? What need does this type of narrative address? Can literature act to transform the culture of violence? Can literature provide reparation at both individual and collective levels? What are the limits of such reparation? The aim is to foster a dialogue between the literatures of these two countries in order to offer insights into reparation and to assess the extent of their impact in the contemporary world.
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