Soutenance de thèse de Jeanne SIMON

Le trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle : de la catégorie diagnostique à la réalité clinique


Titre anglais : Disruptive Mood Dysregulation Disorder: From Diagnostic Category to Clinical Reality
Ecole Doctorale : CLESCO - Comportement, Langage, Éducation, Socialisation, Cognition
Spécialité : Psychopathologie
Etablissement : Université Toulouse II Jean Jaurès
Unité de recherche : EA 7411 - CERPPS - Centre d'Études et de Recherches en Psychopathologie et Psychologie de la Santé
Direction de thèse : Jean-Luc SUDRES


Cette soutenance aura lieu lundi 02 novembre 2026 à 14h00
Adresse de la soutenance : Université Toulouse Jean-Jaurès II 5 all. Antonio Machado 31058 Toulouse - salle D29

devant le jury composé de :
Jean-Luc SUDRES   Professeur émérite   Université Toulouse - Jean Jaurès   Directeur de thèse
Magali LAHAYE   Professeure   Université catholique de Louvain   Rapporteur
Jacques ROUANET   Professeur   Université Clermont Auvergne   Rapporteur
Sylvie BOURDET-LOUBERE   Professeure   Université Toulouse - Jean Jaurès   Examinateur


Résumé de la thèse en français :  

Introduit dans le DSM-5 en 2013, le trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle (TDDE) vise à caractériser, chez l’enfant et l’adolescent, une irritabilité chronique associée à des accès de colère sévères et récurrents. Sa création répond notamment à la volonté de mieux distinguer ces manifestations des présentations pédiatriques du trouble bipolaire. Depuis son introduction, le TDDE demeure toutefois discuté en raison de ses nombreux chevauchements avec d’autres troubles psychopathologiques et neurodéveloppementaux, de sa faible appropriation clinique et des interrogations concernant sa spécificité diagnostique. Cette thèse propose ainsi d’examiner le TDDE comme modèle permettant d’interroger plus largement la pertinence et l’utilisation des catégories diagnostiques en pédopsychiatrie, de leur construction nosographique à leur rencontre avec la réalité clinique.
Trois études complémentaires ont été menées. La première, réalisée auprès de 101 professionnels issus des secteurs sanitaire, médico-social et éducatif, explore leurs connaissances, représentations et pratiques concernant le TDDE. Les résultats mettent en évidence une faible connaissance du diagnostic, malgré une confrontation fréquente aux manifestations cliniques qui le caractérisent, ainsi qu’une préférence pour des prises en charge psychothérapeutiques et un accompagnement parental. La deuxième étude examine la faisabilité et les effets d’un dispositif thérapeutique associant thérapie cognitivo-comportementale et médiation animale auprès de six enfants âgés de 6 à 10 ans présentant d’importantes difficultés de régulation émotionnelle. Les résultats suggèrent une évolution favorable de plusieurs dimensions émotionnelles et relationnelles et soulignent l’intérêt potentiel de la médiation animale comme support à l’engagement thérapeutique. Enfin, une troisième étude, menée auprès de 267 adultes âgés de 18 à 39 ans présentant des antécédents psychopathologiques, explore les associations entre une symptomatologie infantile rétrospectivement rapportée compatible avec le TDDE et les diagnostics auto-déclarés à l’âge adulte. Contrairement aux hypothèses initiales, aucune association significative n’est retrouvée avec les troubles anxieux ou dépressifs, tandis que des associations significatives apparaissent avec le trouble bipolaire et le trouble du spectre de l’autisme, y compris après ajustement sur les principales comorbidités. Ces résultats, exploratoires, nécessitent néanmoins d’être interprétés au regard des limites méthodologiques du dispositif.
Dans leur ensemble, ces travaux mettent en évidence la complexité des frontières diagnostiques du TDDE et la difficulté à isoler les manifestations qui le caractérisent d’autres configurations psychopathologiques et neurodéveloppementales. Ils invitent à articuler l’identification diagnostique à une compréhension développementale et individualisée des difficultés de l’enfant, tenant compte de l’expression des symptômes, de leur contexte, de leur retentissement et de leur articulation avec son fonctionnement global. Le diagnostic peut ainsi constituer un repère utile pour la clinique, sans devenir le point de départ exclusif de la compréhension et de la prise en charge.
Mots-clés : trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle ; TDDE ; irritabilité ; dysrégulation émotionnelle ; pédopsychiatrie ; diagnostic ; psychopathologie développementale ; médiation animale.

 
Résumé de la thèse en anglais:  

Introduced in the DSM-5 in 2013, Disruptive Mood Dysregulation Disorder (DMDD) was designed to characterize chronic irritability associated with severe and recurrent temper outbursts in children and adolescents. Its introduction notably aimed to better distinguish these manifestations from pediatric presentations of bipolar disorder. Since then, however, DMDD has remained a subject of debate due to its substantial overlap with other psychopathological and neurodevelopmental disorders, its limited integration into clinical practice, and ongoing questions regarding its diagnostic specificity. This dissertation therefore examines DMDD as a model through which to explore, more broadly, the relevance and use of diagnostic categories in child and adolescent psychiatry, from their nosological construction to their encounter with clinical reality.
Three complementary studies were conducted. The first, involving 101 professionals from healthcare, medico-social, and educational settings, explored their knowledge, representations, and practices regarding DMDD. The findings revealed limited awareness of the diagnosis despite frequent encounters with its characteristic clinical manifestations, as well as a preference for psychotherapeutic interventions and parental support. The second study examined the feasibility and effects of a therapeutic intervention combining cognitive behavioral therapy and animal-assisted intervention in six children aged 6 to 10 years presenting significant emotional regulation difficulties. The findings suggest favorable changes across several emotional and relational dimensions and highlight the potential value of animal-assisted intervention as a means of supporting therapeutic engagement. Finally, a third study involving 267 adults aged 18 to 39 years with a history of psychopathological disorders explored associations between retrospectively reported childhood symptoms compatible with DMDD and self-reported diagnoses in adulthood. Contrary to the initial hypotheses, no significant associations were found with anxiety or depressive disorders, whereas significant associations emerged with bipolar disorder and autism spectrum disorder, including after adjustment for the main comorbid diagnoses. These exploratory findings should nevertheless be interpreted in light of the methodological limitations of the study.
Taken together, these studies highlight the complexity of DMDD’s diagnostic boundaries and the difficulty of distinguishing its characteristic manifestations from those observed across other psychopathological and neurodevelopmental presentations. They support the integration of diagnostic identification within a developmental and individualized understanding of children’s difficulties, taking into account symptom expression, context, functional impact, and their relationship with overall functioning. Diagnosis may therefore serve as a useful clinical reference point without becoming the sole starting point for understanding and treatment.
Keywords: disruptive mood dysregulation disorder; DMDD; irritability; emotional dysregulation; child and adolescent psychiatry; diagnosis; developmental psychopathology; animal-assisted intervention.

Mots clés en français :Trouble disruptif avec dysrégulation émotionnelle, Médiation animale, Thérapie cognitive et comportementale, Colère, Enfants, Adolescents,
Mots clés en anglais :   Disruptive disorder with emotional dysregulation, Animal Mediation, Cognitive behavioral therapy, Anger, Children, Adolescents,