Soutenance de thèse de Jean Luc CARDINAUD

La diaspora intellectuelle à Toulouse (1940-1946). Intellectuels et universitaires de l'exode à Toulouse et sa région pendant les années de guerre et l'après-Libération.


Titre anglais : The intellectual diaspora in Toulouse (1940-1946). Intellectuals and academics from the Exodus to Toulouse and the surrounding region during the war years and the post Libération period.
Ecole Doctorale : TESC - Temps, Espaces, Sociétés, Cultures
Spécialité : Histoire
Etablissement : Université Toulouse II Jean Jaurès
Unité de recherche : UMR 5136 - FRAMESPA- France, Amériques, Espagne-Sociétés, pouvoirs, acteurs
Direction de thèse : Jacques CANTIER


Cette soutenance aura lieu mardi 20 octobre 2026 à 14h00
Adresse de la soutenance : Université Toulouse Jean-Jaurès Maison de la Recherche 5, allée Antonio-Machado 31058 Toulouse Cedex 9 - salle Salle D29 Maison de la Recherche

devant le jury composé de :
Jacques CANTIER   Professeur des universités   Université Toulouse - Jean Jaurès   Directeur de thèse
Alya AGLAN   Professeure des universités   Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne   Examinateur
Patrick CABANEL   Directeur d'études   EPHE   Rapporteur
Jean-François MURACCIOLE   Professeur des universités   Université Paul Valéry   Rapporteur
Caroline BARRERA   Maîtresse de conférences   INU Champollion   Examinateur


Résumé de la thèse en français :  

L’étude problématise la situation des intellectuels réfugiés à Toulouse qui ont fui l’avancée des troupes allemandes en juin 1940. Leur déplacement forcé, contemporain de l’exode massif, ne constitue-t-il pas une forme de diaspora, du point de vue des mobilités et de la naissance d’une conscience de l’exil ?
Dans les années trente, la classe intellectuelle toulousaine socialisante se divise en deux camps, pacifistes et antifascistes. Un groupe d’universitaires se forme à la culture d’accueil des exilés politiques espagnols. En 1940, les structures de secours se reconvertissent pour faire face à l’afflux des réfugiés. Les événements de juin créent les conditions pour faire naître une conscience de l’exil avec l’intériorisation des normes collectives menacées par l’écroulement du système républicain. L’expérience de guerre est le terreau du refus de l’armistice et de la dictature de Vichy. Mais les exilés doivent vaincre l’isolement et leur situation de dispersion. Les mesures d’exception du pouvoir frappent les universitaires juifs et dissidents. Une situation proxémique naît de leur micromobilité volontaire, qui vise à rompre la dispersion tout en créant de nouveaux espaces de sociabilité dans les lieux proches. À ces pôles informels, la librairie de l’antifasciste italien Silvio Trentin ou la « confrérie » du Busca, structurés autour des intellectuels d’accueil, s’ajoutent des espaces institutionnels, l’Institut catholique du recteur Solages et les facultés.
La convergence de l’opinion publique et de la dissidence intellectuelle se dessine à partir de 1942, en réaction aux déportations de Juifs étrangers, puis à l’occupation de la zone sud par l’armée nazie. Se créent alors les conditions d’une convergence d’actions entre la dissidence intellectuelle, la résistance laïque et la résistance confessionnelle. Les mouvements deviennent des plateformes où se réunissent intellectuels juifs, universitaires promo-résistants de culture protestante et associations de secours aux proscrits. En marge de ses groupes de réflexion, se développe une culture politique de l’exode qui accorde de l’importance aux exigences morales de transformations sociales. Une pratique de retrait, face à l’idéologie communiste identifiée au matérialisme et au totalitarisme, encourage le personnalisme.
Cependant, un basculement se produit dans les derniers mois de la guerre et l’après-Libération, le parti communiste attirant à lui les intellectuels radicalisés dans la lutte contre l’Occupant et la dictature de Vichy. Moment d’effervescence, l’immédiat après-guerre est un temps de recomposition. Le départ des intellectuels de l’exode pose la question de leur degré d’intégration dans la société d’accueil, prouvant que leur migration contenait les caractères d’un phénomène diasporique.

 
Résumé de la thèse en anglais:  

This study examines the situation of intellectual refugees in Toulouse who fled the advancing German troops in June 1940. Does their forced displacement, coinciding with the mass exodus, constitute a form of diaspora, in terms of mobility and the emergence of a consciousness of exile?
In the 1930s, Toulouse's socialist intellectual class was divided into two camps: pacifists and antifascists. A group of academics became familiar with the culture of welcoming Spanish political exiles. In 1940, relief organizations were repurposed to cope with the influx of refugees. The events of June created the conditions for the emergence of a consciousness of exile, with the internalization of collective norms threatened by the collapse of the republican system. The experience of war provided fertile ground for the rejection of the armistice and the Vichy dictatorship. But the exiles had to overcome their isolation and their dispersed situation. The exceptional measures imposed by the authorities targeted Jewish and dissident academics. A proxemic situation arose from their voluntary micromobility, which aimed to break the dispersal and create new spaces for sociability in nearby places. To these informal hubs, such as the bookstore of the Italian anti-fascist Silvio Trentin or the "brotherhood" of the Busca, structured around welcoming intellectuals, were added institutional spaces, like the Catholic Institute of Rector Solages and the university faculties.
The convergence of public opinion and intellectual dissent began to emerge in 1942, in reaction to the deportations of foreign Jews and then the occupation of the southern zone by the Nazi army. This created the conditions for a convergence of actions between intellectual dissent, secular resistance, and religious resistance. These movements became platforms where Jewish intellectuals, Protestant academics involved in the Resistance, and associations providing aid to exiles could come together. Alongside these discussion groups, a political culture of exile developed, emphasizing the moral imperatives of social transformation. A practice of withdrawal, in the face of a communist ideology identified with materialism and totalitarianism, fostered personalism.
However, a shift occurred in the final months of the war and the post-Liberation period, as the Communist Party attracted intellectuals radicalized in the struggle against the Occupying forces and the Vichy regime. A time of great upheaval, the immediate post-war period was a time of recomposition. The departure of intellectuals from the exodus raises the question of their degree of integration into the host society, proving that their migration contained the characteristics of a diasporic phenomenon.

Mots clés en français :Guerre, Intellectuels, Dispersion, Exil, Mobilités,
Mots clés en anglais :   War, Intellectuals, Dispersion, Exile, Mobilities,