Soutenance de thèse de Mathilde DEBBICHE

« Se nourrir de ». Repenser l’alimentation depuis l’afro-véganisme.


Titre anglais : "Feeding on". Rethinking food through afro-veganism.
Ecole Doctorale : ALLPHA - Arts, Lettres, Langues, Philosophie, Communication
Spécialité : Philosophie
Etablissement : Université Toulouse II Jean Jaurès
Unité de recherche : EA 3051 - ERRAPHIS - Équipe de Recherches sur les Rationalités Philosophiques et les Savoirs
Direction de thèse : Hourya BENTOUHAMI- Julie JARTY


Cette soutenance aura lieu vendredi 18 septembre 2026 à 14h00
Adresse de la soutenance : 5 All. Antonio Machado, 31058 Toulouse - salle D31

devant le jury composé de :
Hourya BENTOUHAMI   Professeur des universités   Université Toulouse - Jean Jaurès   Directeur de thèse
Julie  JARTY   Maîtresse de conférences   Université Toulouse - Jean Jaurès   CoDirecteur de thèse
Geneviève  PRUVOST   Directrice de recherche   EHESS   Rapporteur
Véronique LE RU   Professeur des universités   Université de Reims Champagne-Ardenne   Rapporteur
Mathilde COHEN   Directrice de recherche   CNRS Paris-Normandie   Examinateur
Elsa DORLIN   Professeur des universités   Université Toulouse - Jean Jaurès   Examinateur
Tristan FOURNIER   Chargé de recherche   CNRS Île-de-France Villejuif   Examinateur
Réjane SÉNAC   Professeur des universités   Sciences Po   Examinateur


Résumé de la thèse en français :  

A partir d’une critique de l’antispécisme utilitariste, d’une historicisation du concept d’espèce et d’une enquête de terrain dans des restaurants végétariens et africains aux Etats-Unis et en France, la thèse analyse comment l’alimentation participe à la construction des hiérarchies sociales.Elle montre comment ces processus s'inscrivent dans l’histoire coloniale et esclavagiste de la Traite négrière qui a produit des représentations et des rapports inégalitaires de pouvoir autour des gastronomies noires. Ces processus reposent sur des mécanismes d’animalisation qui servent à justifier l’infériorisation à la fois des animaux non-humains et de certains groupes humains. La consommation de viande apparaît ainsi comme un marqueur hiérarchique qui participe à la reproduction de l’ordre patriarcal et de la blanchité comme position sociale dominante. Le repas ne peut être pensé comme un simple moment de commensalité égalitaire, mais comme le reflet quotidien d’un continuum de violences alimentaires. Fondé sur la sentience et la maximisation du bien-être, l’antispécisme peine à intégrer une approche véritablement intersectionnelle et tend parfois à réactiver certaines analogies oppressives. La thèse démontre in fine que, si le véganisme peut apparaître dépolitisé lorsqu'il est mobilisé comme technique d’optimisation individuelle, les afro-véganismes transforment au contraire les pratiques alimentaires en espaces inclusifs et de (ré)habilitation phénoménologique. À travers des traditions culinaires afrodescendantes et diasporiques, les restaurateur.ices articulent mémoire de l’esclavage, spiritualité, écologie et médicalisation de l’alimentation. Mon enquête en France met en lumière le gastro-nationalisme de l’alimentation, lié à une identité nationale centrée sur les protéines animales. Face à cela, des restaurateur.ices franco-africain.es mobilisent la cuisine comme outil politique, valorisant les gastronomies afrodescendantes et participant à l’émergence d’une gastronomie hybride où l’alimentation devient un acte de résistance et de redéfinition identitaire.

 
Résumé de la thèse en anglais:  

My thesis analyzes, through a critique of utilitarian antispeciesism, a historicization of the concept of species, and fieldwork, how food contributes to the construction of social hierarchies. I situate these processes within the colonial and slave-trading history of the Transatlantic Slave Trade, which produced stereotypes surrounding Black gastronomies. These stereotypes rely on mechanisms of animalization that serve to justify the inferiorization of both nonhuman animals and certain human groups. Meat consumption thus appears as a hierarchical marker that contributes to the reproduction of the patriarchal order and of whiteness as dominant social positions. The meal cannot therefore be understood as a simple moment of egalitarian commensality, but rather as the everyday reflection of a continuum of food-related violence. Grounded in sentience and the maximization of well-being, antispeciesism struggles to incorporate a genuinely intersectional approach and sometimes tends to reactivate certain oppressive analogies. While veganism can appear depoliticized and mobilized as a technique of individual optimization, afro-veganisms instead transform food practices into inclusive spaces of phenomenological (re)habilitation. Through afro-descendant and diasporic culinary traditions, restaurateurs articulate memories of slavery, spirituality, ecology, and the medicalization of food. My fieldwork in France highlights the gastronationalism of food, linked to a national identity centered on animal proteins. In response, Franco-African restaurateurs mobilize cuisine as a political tool, valorizing afro-descendant gastronomies and contributing to the emergence of a hybrid gastronomy in which food becomes an act of resistance and of identity redefinition.

Mots clés en français :Afro-véganisme, Antispécisme, Alimentation, Viande, Féminisme, Intersectionnalité,
Mots clés en anglais :   Afro-veganism, Antispeciesism, Food, Meat, Feminism, Intersectionality,