Cette thèse défend la narrativité comme fondement d’un « soin de soi-même » comme pratique philosophique de la personne. Dans des expériences de détresse, l’identité vacille et la personne est défiée à rétablir ou établir le récit implicite de soi-même. Le soin de soi-même est contrasté avec la tradition humaniste d’un côté, qui pense l’homme à partir d’une essence, de la raison et de l’autonomie, et qui aboutit à une pratique du « connais-toi toi-même, et la tradition critique de l’autre, qui analyse le sujet comme forme produite par des forces, des discours et des processus de subjectivation et qui aboutit à une pratique du « souci de soi » Puisant de la philosophie du care, la troisième voie assume une personne fragile, vulnérable et relationnelle, qui maintient son identité dans le temps à travers ses relations, ses épreuves, ses actions et ce qu’elle subit. A l’aide de la philosophie de Paul Ricœur et suivant le modèle offert par la tragédie selon Aristote, les différents traits clés de l’identité narrative sont déployés. La narrativité permet alors de penser ensemble vulnérabilité et capacité d’agir, continuité et changement, expérience vécue et exercice herméneutique. Prendre soin de soi-même revient à traduire, comprendre et interpréter son histoire comme un récit afin d’établir un sens dans la propre vie sans nier la fragilité constitutive de toute identité. Dans cette pratique du soin de soi-même, autrui n’est pas secondaire ou éloigné : la relation à autrui constitue une condition nécessaire. Autrui n’est pas seulement un alter ego ou une force d’assujettissement, mais un prochain qui accompagne, soutient, interpelle et questionne la personne dans ses expériences de détresse et au-delà. |
This dissertation proposes narrativity as a foundation of a “care for the self” (soin de soi-même) as a personal philosophical practice. In experiences of distress, identity becomes undone and the person is challenged to (re)establish the implicit story of their self. Care for the self is contrasted with the humanist tradition on one hand, which thinks man as a rational and autonomous being, and resulting in a practice of “know thyself” (connais-toi toi-même); and the critical tradition on the other hand, which analyses the subject as a form produced by forces, discourse and processes of subjectivation, resulting in a practice of “care for the self” (souci de soi). Taking from philosophy of care, the third route proposes a conception of the person as fragile, vulnerable and relational, maintaining their identity through their relations, their hardships, their actions and their experiences. With the aid of the thought of Paul Ricœur and following the tragedy model offered by Aristotle, the different key traits of narrative identity are developed. Narrativity, then, allows to think together vulnerability and agency, continuity and change, lived experience and hermeneutic effort. To care for the self is to translate, understand and interpret one’s history as a story in order to establish meaning in life without denying the fragility that constitutes our whole identity. In this practice of caring for the self, the other is not secondary or distant; rather, the relation with the other constitutes a necessary condition. The other is not only an alter ego or a force of subjectivation, but also someone close who accompanies, supports, appeals and questions the person in their experiences of distress and beyond. |