Soutenance de thèse de Elise COIGNET

Convaincre par les dieux. Les divinités isiaques dans les textes chrétiens : d'Aristide à Augustin


Titre anglais : Persuading through the Gods. The Isiac Deities in Christian Texts: From Aristides to Augustine
Ecole Doctorale : TESC - Temps, Espaces, Sociétés, Cultures
Spécialité : Sciences de l'antiquité
Etablissement : Université Toulouse II Jean Jaurès
Unité de recherche : EA 4601 - PLH - Laboratoire Patrimoine, Littérature, Histoire
Direction de thèse : Laurent BRICAULT- YOURI VOLOKHINE


Cette soutenance aura lieu samedi 24 octobre 2026 à 14h00
Adresse de la soutenance : Université de Genève/ Uni Philosophes Bd des Philosophes 22, 1205 Genève - salle PHIL 211

devant le jury composé de :
Laurent BRICAULT   Professeur des universités   Université Toulouse - Jean Jaurès   Directeur de thèse
Youri VOLOKHINE   Maître de recherche   Université de Genève   CoDirecteur de thèse
Alessandra ROLLE   Professeur associé   Université de Genève   Examinateur
Corinne BONNET   Professeur   Scuola Normale Superiore di Pisa   Examinateur
Francesco MASSA   Professeur associé   Università di Torino   Rapporteur
Ennio SANZI   Professeur   Pontificio Istituto Orientale   Rapporteur


Résumé de la thèse en français :  

La présente étude examine la réception de l'imaginaire religieux associé à l’Égypte dans la littérature chrétienne des premiers siècles. Elle s'inscrit dans deux courants de recherche complémentaires : le premier se penche sur l'impact de ce qui a été appelé le « mirage égyptien » pour la culture occidentale, le second s'intéresse à l'importance de la rhétorique de l'altérité religieuse dans le processus d'autodéfinition du christianisme.
Aux IIe–IVe siècles, de nombreux représentants de l'apologétique chrétienne composent des traités visant à définir le christianisme en regard des cultes traditionnels et des pratiques religieuses de l'Empire. Dans ce cadre, les intellectuels chrétiens puisent au cœur de la paideia gréco-romaine des exempla utiles à leur exposé et à leur défense du christianisme. Dans cette littérature qui vise à convaincre de la valeur et de la légitimité du christianisme au sein du paysage cultuel de l'Empire romain, l’Égypte apparaît comme un objet privilégié pour penser les religions. Elle est présente aussi bien sur le plan culturel, à travers l'imaginaire sur l’Égypte qui se développe depuis le Ve siècle avant notre ère dans la littérature grecque, que sur le plan cultuel, qui se traduit par le succès des cultes égyptiens, et surtout par celui d'Isis et de Sérapis, dans le monde romain. Pourtant, aucune étude ne s'est, à ce jour, penchée sur le rôle de ces figures divines et de leur égyptianité dans la controverse anti-païenne.
Ce travail avait pour objectif de déterminer comment les premiers auteurs chrétiens instrumentalisent l'égyptianité des figures divines isiaques – à savoir Isis, Sérapis, Osiris, Anubis, Apis et Harpocrate – pour les mettre au service du processus d'autodéfinition de l'identité religieuse chrétienne. L'étude porte ainsi sur l'ensemble des textes chrétiens grecs et latins des IIe–IVe siècles relatifs aux divinités isiaques, un corpus qui rassemble les passages relatifs à un ou plusieurs théonyme isiaque, depuis les premières attestations dans l'Apologia d'Aristide d'Athènes jusqu'au De Civitate Dei d'Augustin.
Cette étude comparée de la présence isiaque dans la littérature apologétique chrétienne révèle que ces figures divines, fonctionnant aussi bien ensemble qu'individuellement, contribuent, selon des modalités variées propres aux contextes historiques et intellectuels de chaque œuvre, aux débats portant sur la doctrine et les pratiques cultuelles chrétiennes. Dans les textes chrétiens, les informations et représentations relatives aux divinités égyptiennes sont principalement stéréotypées, puisées au cœur de la littérature grecque et romaine puis christianisées avec une intensité variable. Ces représentations sont mises au service des arguments principaux de la controverse anti-païenne, à savoir l'argument évhémériste qui présente les dieux comme des défunts, celui de l'idolâtrie qui présente les dieux comme des images fabriquées de main d'homme, et celui de la contrefaçon diabolique qui présente les rites des cultes traditionnels comme une imitation des rites chrétiens.
Cette enquête révèle que l'instrumentalisation des figures divines isiaques contribue au renforcement de ces arguments apologétiques, en y associant des motifs empruntés aux critiques gréco-romaines sur la religion égyptienne, comme l'exotisme et le ridicule des prêtres, la zoomorphie des dieux et la critique de la zoolâtrie. En effet, l'égyptianité des divinités isiaques est, pour les intellectuels chrétiens, un élément particulièrement utile pour démontrer l'incohérence, l'immoralité et l'absurdité, non seulement des pratiques égyptiennes, mais plus largement, du paganisme romain. Ce lien spécifique avec l’Égypte est donc un outil efficace de la construction chrétienne du christianisme comme expression de la vraie religion, celle de Dieu, s’opposant aux cultes traditionnels de l'Empire, présentés comme la religion du Diable et des démons.

 
Résumé de la thèse en anglais:  

This study examines the reception of the religious imaginary associated with Egypt in early Christian literature. It draws on two complementary strands of research: the first concerns the impact of what has been called the "Egyptian mirage" on Western culture, while the second addresses the importance of the rhetoric of religious otherness in the process of Christian self-definition.
In the 2nd-4th centuries CE, numerous representatives of Christian apologetics composed treatises aimed at defining Christianity in relation to the traditional cults and religious practices of the Empire. Within this framework, Christian intellectuals drew on Greco-Roman paideia for exempla useful to their exposition and defense of Christianity. In this literature, which sought to demonstrate the value and legitimacy of Christianity within the religious landscape of the Roman Empire, Egypt appears as a privileged object for thinking about religion. It is present both culturally, through the Egyptian imaginary that developed from the 5th century BCE onward in Greek literature, and cultically, reflected in the success of Egyptian cults - above all those of Isis and Sarapis - in the Roman world. Yet to date, no study has examined the role of these divine figures and their Egyptianness in anti-pagan controversy.
This work aimed to determine how early Christian authors instrumentalize the Egyptianness of the Isiac deities - namely Isis, Sarapis, Osiris, Anubis, Apis, and Harpocrates - in the service of the process of Christian religious self-definition. The study thus covers the full range of Greek and Latin Christian texts of the 2nd-4th centuries relating to the Isiac deities, a corpus that gathers passages referring to one or more Isiac theonyms, from the earliest attestations in the Apology of Aristides of Athens to Augustine's City of God.
This comparative study of the Isiac presence in Christian apologetic literature reveals that these divine figures, functioning both together and individually, contribute - according to modalities that vary with the historical and intellectual context of each work - to debates over Christian doctrine and cultic practice. In Christian texts, the information and representations concerning Egyptian deities are largely stereotyped, drawn from the heart of Greek and Roman literature and then Christianized to varying degrees. These representations are deployed in the service of the main arguments of anti-pagan controversy: the euhemerist argument, which presents the gods as deceased mortals; the argument of idolatry, which presents the gods as images fashioned by human hands; and the argument of diabolical counterfeit, which presents the rites of traditional cults as an imitation of Christian rites.
This inquiry shows that the instrumentalization of the Isiac deities strengthens these apologetic arguments by attaching to them motifs borrowed from Greco-Roman critiques of Egyptian religion, such as exoticism, the mockery of priests, the zoomorphism of the gods, and the critique of animal worship. Indeed, for Christian intellectuals, the Egyptianness of the Isiac deities is a particularly useful tool for demonstrating the incoherence, immorality, and absurdity not only of Egyptian practices but, more broadly, of Roman paganism. This specific association with Egypt thus serves as an effective tool in the Christian construction of Christianity as the expression of the true religion, that of God, set against the traditional cults of the Empire, presented as the religion of the Devil and of demons.

Mots clés en français :auteurs chrétiens, polémiques antipaïennes, Empire romain, cultes égyptiens, Divinités isiaques,
Mots clés en anglais :   anti-pagan polemics, Christian writers, Roman Empire, Egyptian cults, Isiac Deities,