Cette thèse propose de questionner les liens qui se jouent dans ces lieux particuliers qu’on appelle les friches : squats, ZADs, lieux autogérés et possédés collectivement, entre ville et campagne, lieux en déshérence traversés le temps d’un instant ou occupés pour de longues années.
Il s’agit d’expérimenter les fragments et les dépôts de ce qui rend la friche artistique matérielle, ainsi que d’analyser les traces des artistes qui l’habitent ou la traversent. Cette thèse ambitionne de questionner ce qui fait friche ou marge dans l’art, en défendant la diversité des écosystèmes artistiques et des initiatives citoyennes, à partir d’une reconsidération des matériaux mêmes de la pratique artistique, pour la mettre elle-même en friche.
Les friches écrivent leur propre histoire, depuis leur marginalité. Comment l’art en friche redéfinit-il les notions de création, d’autonomie, de diversité et de constitution d’archives populaires, dans un monde qui se détruit ? En quoi les friches artistiques questionnent-elles notre manière d’être au monde ? En quoi permettent-elles de repenser la pratique de l’artiste, où faire atelier et faire société se confondent ?
Ce travail prend appui sur un travail de terrain (friches de Toulouse, Saint-Etienne, Marseille, Naples, Berlin, Montréal), sur la constitution d’archives (documents existants et produits), et sur la construction d’une pensée végétale qui irrigue la thèse dans son ensemble. Par une approche transdisciplinaire mêlant les postures d’ethno-botaniste apprenante, d’artiste-chercheuse et de militante, et selon une méthodologie de création-recherche qui croise les aspects archivistiques et artistiques, cette thèse vise à questionner l’opérativité heuristique du « végétal sauvage » dans un travail de recherche en Arts plastiques. Il s’agit de développer une forme du penser et du faire adventice, à partir d’une critique du « mauvais » malherbologique : des mauvaises herbes aux mauvaises gens, pour aller jusqu’à mettre en question ce que serait le « mauvais art », à une époque où artwashing et greenwashing dominent.
Cette thèse conjugue deux apports principaux. D’abord, la thèse interroge l’ethos de l’artiste à travers l’analyse de gestes et de procédés, plaçant au coeur de l’effort une « radicalité » (déclinée selon son étymologie racinaire) écologique inspirée des pratiques du punk et des personnes vivant la friche, de manière choisie ou subie. Ensuite, cette thèse souhaite démontrer la richesse d’une approche critique de la malherbologie, dans la mise en lumière de la diversité des mondes de l’art, et dans leur nécessaire préservation dans une époque d’expulsions massives. Elle démontre que les friches sont productrices et vectrices de réseaux de construction et circulation de savoirs mais aussi de soins. Elles ne sont pas de simples terrains mais des actrices d’une société plus démocratique, s’inscrivant dans une forme de discorde créative nécessaire.
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This thesis proposes to question the links and networks in these particular places called art wastelands : squats, ZADs, self-managed and collectively owned art places, between city and countryside, unclaimed places crossed for a moment or occupied for long years.
The aim is to experiment with the fragments and deposits of what makes the artistic wasteland material, as well as to analyze the traces of the artists who inhabit or cross it. This thesis aims to question what makes the « fallow » or the marginal in art, by defending the diversity of artistic ecosystems and citizen initiatives, from a reconsideration of the materials themselves of artistic practice, to put it in-itself in a « fallow » state.
Art wastelands write their own history, and do this from their own marginality. How does this form of art redefine the notions of creation, autonomy, diversity and the constitution of popular archives in a world that is constantly being destroyed ? In what way do artistic wastelands question our way of being artists in this world ? In what way do they allow us to rethink the artist’s practice, where building an art studio and constructing a society merge together ?
This work is based on fieldwork (Toulouse, Saint-Etienne, Marseille, Naples, Berlin, Montréal), the constitution of archives, and the construction of a plant-based thought that informs the thesis as a whole. Through a transdisciplinary approach combining the postures of an ethnobotanist-learner, an artist-researcher and an activist, and according to a methodology of creation-research that crosses archival and artistic aspects, this thesis aims to question the heuristic operativity of the « wild plant » in a research project in the plastic arts. It is about developing a form of thinking and doing, starting from a critique of the « bad » weed : from weeds to « bad » people, to go so far as to question what would be a « bad art » at a time when artwashing and greenwashing dominate.
This thesis combines two main contributions. First, the thesis questions the artist’s ethos through the analysis of gestures and processes, placing at the heart of the effort an ecological « radicality » inspired by punk practices and people living in the wastelands, in a chosen or endured way. Next, this thesis aims to demonstrate the richness of a critical approach to bad-weed science, in highlighting the diversity of art worlds, and their necessary preservation in an era of mass expulsions of alternative art-spaces. It demonstrates that wastelands are producers and vectors of networks for the construction and circulation of knowledge but also of networks and practices of care. They are not mere lands but actors of a more democratic society, inscribed in a necessary form of creative discord. |