Cette création-recherche tente de déterminer comment nous pourrions réorienter la
pratique du design vers une connexion plus profonde et significative avec le territoire et ses
singularités. Elle questionne des approches uniformisées et détachées du contexte, souvent
associées au design industriel, en plaidant pour une démarche située, sensible et
intrinsèquement liée aux réalités locales des milieux. Plus précisément, cette thèse explore,
sous le prisme de la conception en design, des aspects imbriqués, tels que la valorisation
de l'identité territoriale et de ses atypicités, la réévaluation du potentiel des matériaux
locaux, y compris ceux considérés comme délaissés, et l’établissement d'une relation
dialogique et éthique entre le designer, la matière et le milieu.
À travers cette approche, se construit l’hypothèse d’une pratique infusée : une pratique de
design dans laquelle la matière, la couleur, les savoir-faire et les caractéristiques du territoire
ne sont pas de simples ressources extérieures, mais des éléments actifs qui imprègnent,
orientent et transforment le processus de création.
Par une méthodologie de création-recherche située, cette thèse s’ancre avec et pour le
territoire. Au fil des recherches et des projets, se dessine une redéfinition possible du rôle
du designer en tant que médiateur territorial : Comment le designer peut-il agir, dans le
cadre d’un projet, pour créer des liens entre les ressources d'un territoire, les savoir-faire
locaux et les besoins des habitants, et proposer des solutions adaptées et adaptables
plutôt que des modèles standardisés ? Pour penser les processus de création en train de se
faire et in situ, j’interroge des cadres théoriques et sensibles tels que la poïétique, la
mésologie ou encore la résilience.
Cette thèse propose donc de remettre en cause l'héritage purement industriel du design
pour explorer une voie plus contextuelle, écologique et culturelle. Elle valorise les
spécificités des lieux et considère les matériaux comme des porteurs d’histoires, de récits
sensibles et de potentiels créatifs, infusant en profondeur la pensée et le geste du designer.
Il s’agit ici de définir une approche poïétique du design, de laquelle peuvent émerger des
relations renouvelées entre les matières, les milieux et l’acte de créer. |
This practice-based research aims to explore how design can be reoriented toward a deeper and more meaningful connection with the territory and its singularities.
It questions standardized and context-detached approaches, often associated with industrial design, by advocating for a situated, sensitive, and intrinsically local design practice. More specifically, this thesis investigates, through the lens of design conception, interwoven aspects such as the valorization of territorial identity and its atypical features, the reassessment of the potential of local materials (including those considered neglected), and the establishment of a dialogical and ethical relationship between the designer, the material, and the environment.
Through this approach emerges the hypothesis of an infused practice: a mode of design in which matter, color, know-how, and the specificities of place are not merely external resources, but active agents that permeate, guide, and transform the creative process. By adopting a situated practice-based methodology, this thesis grounds itself with and for the territory. Throughout the research and projects, a redefinition of the designer’s role takes shape, one of territorial mediator.
How can the designer, within a project framework, foster connections between a territory's resources, local skills, and inhabitants’ needs, and propose solutions that are both adapted and adaptable, rather than standardized models? To think through creation as it happens and in situ, this work draws upon both theoretical and experiential frameworks, including poïetics, mesology, and resilience.
This thesis therefore calls into question the purely industrial legacy of design in order to explore a more contextual, ecological, and cultural path. It emphasizes the specificities of place and considers materials as carriers of stories sensitive, narratives and creative potentials that deeply infuse the designer’s thinking and gesture. It seeks to define a poïetic approach to design, from which renewed relationships between materials, environments, and the act of creating can emerge. |